Lumière sur la calebasse...

Publié le par Estelle

Lampe calebasse

Lampe calebasse

Si tu manques de calebasse, ne barre pas la route de la fontaine !

Proverbe africain

Il n’y a pas si longtemps, une visite au musée de la femme Henriette Bathily à Dakar, m’a été recommandée avec notamment son voyage au cœur de la calebasse. J’ai plongé parmi toutes ces courges et j’y ai découvert nombreux objets utilisés avec la calebasse, objets d’hier et d’aujourd’hui, traditionnels et modernes.

Je vous invite donc à découvrir la calebasse ; un simple fruit qui devient tour-à-tour ustensile de cuisine, instrument de musique, moyen de communication avec les esprits et représentant de l’au-delà sur Terre.

Avant tout, d’où proviennent-elles ? Il existe deux types de calebasses : le fruit de la plante rampante de la famille des cucurbitacées, appelé communément courge calebasse ou gourde et la calebasse, fruit du calebassier. Mais cette dernière est plus rare et moins recherché que l’autre. Rampante et exubérante, sa pousse est facile, un peu de fumier suffit, et beaucoup d’humidité et d’ensoleillement.  Avant d’être utilisées, les calebasses sont séchées à l’ombre durant plusieurs mois, voir plusieurs années selon l’usage recherché.

A quoi servent-elles ? La calebasse reste un incontournable dans les cuisines de chaque femme africaine (bols, louches, saladiers, passoire, …) Mais si la destination première de la calebasse est de contenant, elle trouve d’autres utilisations ; notamment comme objets sonores. Un saladier peut être transformé en tambours à friction avec une spatule en bois pour calmer les petits. La calebasse fait office de caisse de résonnance, le son recherché est le bruit que fait le lion.

Une calebasse avec des perles et des cauris au bout, est symbole des femmes kañaleen ; ces femmes qui ont des difficultés pour avoir un enfant. Elles s'engagent alors dans un processus kañaleen et une calebasse leur est donnée. Elle lui servira à manger, à boire et devra la porter sur la tête.

Lumière sur la calebasse...

Quand les saladiers et les louches sont de sortie, c’est pour les tambours d’eaux, instrument de musique. C’est l’apanage des femmes ! Deux calebasses sont plongées dans une grande bassine, elles sont choisies de façon à produire deux notes distinctes.

L’instrument de musique, petit luth monocorde, fabriqué par les pasteurs Peuls, se fait l’écho des sentiments des bergers, dans les pâturages. Ils conjurent les esprits de la nature qui parfois sèment la panique dans les troupeaux et apaisent les angoisses des hommes.

Les chasseurs mandingues jouent la harpe luth, et la caisse de résonnance symbolise la fécondité du gibier, la peau tendue : le ciel où séjourne les âmes et les cordes : la voix des ancêtres. Ce qui en fait un instrument privilégié avec l’au-delà. Les chasseurs ont un rôle social important ; ils fournissent du gibier aux pauvres, aux veuves et aux orphelins ; ils protègent les villages contre les animaux sauvages ; ils soignent avec des remèdes qu’ils préparent eux-mêmes à base de plantes et font appel à la magie. Le tout préparé dans une calebasse.

Le balafon, composé de lames de bois sous lesquelles sont disposées des résonateurs en calebasses est associé à nombreuses cérémonies rituelles (mariage, fin des récoltes, baptême, mais aussi les funérailles ou encore les rites initiatiques). C’est un instrument qui reste totalement artisanal. Les calebasses sont choisies en fonction de leur taille, de leur forme et de la qualité de leur séchage. Il sacré, avant toute utilisation, un esprit protecteur doit être appelé ; il résidera dans les calebasses et protégera l’instrument et le musicien contre les mauvais sorts.

La calebasse est parfois personnifiée par un esprit puissant. Une demi-calebasse mâle et une demie femelle sont là pour protéger le village au cours d’une nouvelle année. C’est une grande fête où les villageois dansent pour honorer les esprits. La constitution de l’orchestre est simple mise à part 3 tambours, on note deux instruments à calebasse dont un hocher et une demi-calebasse frappée à mains nues (le tambour de l’esprit) ; c’est cet instrument qui réveille l’esprit et l’invite à se manifester.

Ainsi la longue histoire de la calebasse se termine, objet de fascination auquel on a prêté au fil des siècles toute sorte de vertus. Elle continue de séduire malgré les innovations apportées par le monde moderne. En perpétuelle recherche de nouveautés, les instruments acoustiques ou électroniques n’arrivent pas à remplacer les instruments traditionnels avec des sonorités si particulières.

Merci encore à Hadidiatou pour cette balade au musée, ses explications et sa gentillesse.

Publié dans artisanat, Beauté, Flore, Musique

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