La puissance des voix des masques...

Publié le par Estelle

La puissance des voix des masques...

Le mystère est nécessaire pour qu'il y ait du réel

Magritte

Les masques dits "auditifs" sont des masques qui ne se voient pas ! Ils incarnent les esprits de la brousse et relèvent de l'Usyil: le mystère. 

  • Le premier, le Gindam, est le principal; il se manifeste en virtuose, jouant sur quatre petits tambours de façon rapide. C'est comme s'il avait "quatre bras"!!! C'est un être qui apparait étrange, petit, ayant quatre bras et quatre jambes et deux visages... est-ce pour nous cacher qu'en réalité c'est deux êtres, c'est le MYSTERE ! Dans les rites, il apparait comme plutôt masculin que les jeunes inités invoquent comme leur "Père". Cette incarnation dite de "Père", chez les Bassari, est représenté par le caméléon. Il n'est pas visible et se manifeste donc avec la voix en émettant un cri perçant et aigu ressemblant à celui que poussent les masques costumés incarnant des esprits féminins. On peut dire qu'il est une sorte de chef de tous les beyid d'Usyil. Il est présent, lors de la fête de Manindam, la fête de l'initiation, réservée aux hommes. Mais, en mai, il se manifeste lors de la fête de la fertilité, le Gamond, dédiée aux femmes. Il est abrité dans un enclos sacré hors de vue des femmes. C'est le chef de la coutume qui le réveille. Ses tambours sont réservés dans la petite maison des hommes, celle des jeunes initiés, ses enfants. 

Ce masque incarne la culture initiatique, c'est un père mystique associé à la brousse et à la petite maison des hommes. Il a un corps double (comme l'homme qui se masque). Les tambours l'accompagnant sont des instruments culturels dont il joue; les sons sont percutants, rapides et suivent des rythmes compliqués. A la première initiation, les garçons sont symboliquement décapités et deviennent alors des possédés de l'esprit de Gindam et de la brousse. 

  • Le second, le Ningininga, grand serpent python mythique auquel se réfèrent les malinkés et les peuls, est un esprit des eaux. C'est une mère accompagnée de ses petits : leurs cris respectifs sont dû à des tambours à friction, calebasses de forme sphérique dont le sommet est coupé et recouvert d'une peau de reptile tendue, au centre de laquelle est fixée une touffe de poils de phacochère qu'on humecte et qu'on actionne avec la bouche et les doigts. Les bruits produits sont stridents comme les doigt mouillés sur un ballon...Le masque arrive la nuit, lors de la fête d'Iyala, les initiés font vaciller les toits des cases dans lesquelles sont enfermées les femmes; comme une sorte de tourbillon au passage de l'esprit ! Il se manifeste aussi lors de la réfection du toit de la grande maison des hommes.

Ce masque a son identité animale le place côté nature, est une mère initatique associé au village et à la grande maison des hommes. Il est multiplié par ses petits qui l'accompagnent. Les sons qu'il rpoduit sont lents et plutôt élémentaires. Lors de la seconde initiation, les garçons sont avalés par le python qui les réenfante et les rend à la vie. 

  • Le troisième, le Nyandenem, géant et terrifiant, serviteur du gindam. Des vrombissements de rhombes en fer et en bois sont les manifestations du masque.Cet esprit masculin, plutôt agressif se manifeste lors de la fête quadriennale, la fête de Nyatyedongal. Le rugissement du fauve est accompagné d'un chant masculin visant à apaiser l'esprit. Mais, aussi des jets de pierres sur les toits sont de la partie! Son passage sème alors un grand désordre dans le village. Cet esprit exige qu'on coupe la tête des candidats à l'initiation, mais le Gindam le retient...

Ce masque, avec son agressivité vis-à-vis des femmes et des garçons non initiés, s'identifie au Mystère. Les cris aériens de sa voix, et les jets de pierre, et dévastations, symbolisent la fureur du ciel. 

Ces masques auditifs,eux mêmes mystérieux, symbolisent le mystère...

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