La danse des masques

Publié le par Estelle

La danse des masques

Le Kumpo

Il enveloppe et dissimile le danseur. C’est un rideau de feuilles de rônier tombant jusqu’à terre fixé les unes aux autres par des fibres de lianes tressées. Il est fait de cinq longues guirlandes de feuilles, d’une largeur approximative d’un mètre. Pour le revêtir, le danseur entoure sa taille avec l’une des bandes, puis sa poitrine avec une autre. Une troisième repose sur ses épaules. Parfois, bras et jambes sont également enveloppées de feuilles, surtout lorsqu’il sort de jour. Avec ses mains, le porteur du masque maintient sur sa tête un couvre-chef feuillu formé d’un long bâton, d’environ deux mètres de long, dont l’extrémité inférieure est fendue en trois segments qui s’écartent de façon à pouvoir emboîter la tête de l’homme. Des cercles concentriques de bois viennent renforcer la solidité de la coiffure. Cependant lorsqu’il danse, le masque tient non ces cercles horizontaux, mais les extrémités de deux des trois sections du bâton. Ce cadre du couvre-chef est recouvert d’une longue bande de feuilles de rônier. Une fois costumé, le Kumpo se présente comme une énorme masse feuillue, surmonté d’un bâton vertical. 

Le masque Ejumba

Le masque à corne de vache ou de bœuf, le bétail revêt une importance socio-économique très grande. Au même titre que les libations de vin de palme, les sacrifices de bovidés accompagnent toutes les cérémonies importantes, dont l’initiation. Les bœufs ont longtemps été symbole de richesse et ils ont été associés au prestige des guerriers. Le taureau joue un rôle symbolique central : consacré aux initiés, il représente la force et la puissance sexuelle. C’est au cours des danses qui marquent la fin de la retraite que les masques à cornes sont portés par les initiés. La rareté croissante des masques ejumba, la perte de leur signification sont liées à la diffusion de l’Islam.

Le Kankurang

L’accentuation nouvelle donnée aux rapports sociaux à la suite de la conquête mandingue, mit à nouveau l’accent sur la collectivité, revalorisa le bois sacré et aboutit à l’adoption du Kankuran malinké. Il est l’esprit de la forêt masculine. Il est déjà celui de l’arbre. Les sociétés animistes antérieures ne possèdent pas le masque, image synthétique du clan, car celui-ci rassemblant tous les hommes n’a nul besoin d’être représenté. Les Malinkés, islamisés de longue date, le Kankuran ne se trouve pas en opposition avec leur option religieuse monothéiste. La protection des récoltes et des fruits verts des manguiers sera assurée par quelques fibres arrachées à l’habit du masque et accrochées à une branche de l’arbre à préserver. Un interdit sera créé et ne pourra être levé que par un acte magique inverse. Le masque humilie devant les enfants et sans marquer de considération pour leur position sociale ou leur richesse, les hommes et les vieillards afin de bien démontrer sa suprématie indiscutée.

Le personnage central du Kankuran est un initié qui porte masque fait d’écorces et de fibres rouges d’un arbre appelé faara ; il est vêtu de feuilles et son corps est peint de teintures végétales. Il est associé aux cérémonies de circoncision et aux rites initiatiques. Son apparition est marquée par une série d’étapes rituelles : la désignation de l’initié qui portera le masque et son investiture par les anciens, sa retraite dans la forêt avec les  initiés, les veillées et processions dans le hameau des nouveaux initiés. Le Kankuran parade toujours entouré d’initiés et des villageois qui suivent avec respect ses faits et gestes, et l’accompagnent de leurs chants et danses. Ses apparitions sont ponctuées d’une danse saccadée qu’il exécute en agitant deux coupe-coupe et en poussant des cris stridents. Ses suivants, armés de bâtons et de feuilles de rônier marquent la cadence de leurs refrains et tambours.

Le Kankuran est à la fois le garant de l’ordre et la justice, et l’exorciste des mauvais esprits. Il assure la transmission et l’enseignement d’un ensemble complexe de savoir-faire et de pratiques qui constituent le fondement de l’identité culturelle mandingue. Ce rituel, qui s’est étendu à d’autres communautés et groupes de la région, est l’occasion pour les jeunes circoncis d’apprendre les règles de comportement qui garantissent la cohésion du groupe, les secrets des plantes et de leurs vertus médicinales.

 

Le masque Nab

Le Kumpo dansait depuis quelques années lorsqu’Abdou Bodian décida de mettre à exécution le projet qu’il mûrissait depuis longtemps. Un jour, il conduisait son troupeau dans la brousse et, arrivé au lieu de pâture, se mettait en secret au travail ; il chercha et cueillit de jolies lianes fines et noires avec lesquelles in confectionna un masque. Puis, il le déposa en un lieu connu de lui seul et rentra au village avec ses bêtes. Après le repas, il retourna secrètement en brousse, seul, il revêtit son masque et s’arma de quatre bâtons, deux longs et deux courts. En silence, il se dirigea vers la place du village où jouaient les enfants. Il surgit alors brusquement et les chassa à coups de bâtons, les poursuivit à travers le village jusqu’à ce que celui-ci fût déserté par la population apeurée. Alors, il regagna la place centrale et appela à lui les anciens et les garçons. Lorsque tous furent réunis, il leur révéla le détail de son masque, le nomma « Nas » le méchant qui doit danser avec quatre pattes.

Le danseur est entièrement vêtu d’un habit fait de petites lianes noires tressées et recouvertes de poils. Il danse et marche à quatre pattes. A l’image du chien, son corps se termine par une longue queue et sa tête surmontée de deux longues branches feuillues avec lesquelles il fouette cruellement les jeunes gens qu’il réussit à approcher, deux branches plus courtes lui servant d’armes de jet pour atteindre les fuyards. Il parle et chante à l’aide d’un sifflet de fer fabriqué par le forgeron.

Son arrivée dans le cercle de danse suit de peu celle du Kumpo. Son rôle consiste à protéger ce dernier contre les taquineries des jeunes en les pourchassant. Il est en quelque sorte le soldat du Kumpo. Sa danse est exécutée sur le mode comique, ses chants plaisent beaucoup aux jeunes filles qui l’encouragent à poursuivre et frapper les garçons. Sa voix est toujours aigue, elle domine la danse jusqu’au moment où le masque Samaj fait son apparition…

 

Le Masque Samaj

Salif Goudiaby partit un jour en brousse, armé de son coupe-coupe. Il trancha un tronc d’arbre sec qu’il creusa à l’aide d’une hache et le façonna. Lorsqu’il l’eut entièrement taillé en forme de masque, il confectionna un feu auquel  il le flamba extérieurement. Le masque une fois noirci, regagna son quartier, rassembla les vieux et leur expliqua qu’il venait de créer un masque. Tous se rendirent sur les lieux et ils le félicitèrent. Son premier vêtement était fait de toile de sac cousue.

Son masque comporte deux cornes, deux solides oreilles rouges, deux gros yeux une forte et longue moustache et une barbe blanche. Une cagoule le complète, derrière laquelle une bande d’étoffes flotte librement jusqu’à la ceinture du danseur. Il possède un unique bras, et tient à la main une branche longue et souple pourvue de rameaux effeuillés. Son costume se compose d’un pantalon tombant jusqu’au sol et d’une chemise flottante comportant une longue manche. Sa voix est grave, et profonde.

Il ne sort que la nuit pour danser sur la place du village. Parfois, le jour, il peut errer dans les rizières, assurant l’ordre parmi les travailleurs fatigués. C’est là son rôle essentiel. A son arrivée dans le cercle, Nas se retire, sans cesser li leur chant, ni leur danse, les filles s’accroupissent en signe de soumission.

 

Le masque Nagaras

Nagaras est fier de sa beauté, danse avec mille contorsions. Il est le sujet d’interminables plaisanteries, son comportement suscite toujours le rire. Son ballet entier est exécuté à proximité immédiate de ses trois tam-tams. Le danseur maintient le même pied en avant. Son costume ressemble à celui de Samaj. Mais, son masque facial comporte toujours une corne médiane. Le village est très allongé et pourvu d’un menton pointu d’une barbe et de deux oreilles noires

 

Le masque Faraho

 Il se présente sous l’aspect d’une petite toiture végétale conique, haute d’un mètre. Son inventeur se rendit un jour dans les rizières et, à l’aide de son coupe-coupe trancha la paille de riz et tressa le masque. Il s’accroupit à l’intérieur et parut en sautillant au milieu du cercle des danseurs. Il fait tourner son masque qui semble flotter légèrement autour de lui et il évolue autour des joueurs de tam-tams. Comme le masque est pénible à porter, du fait de la position accroupie qu’il impose, il est toujours revêtu par un jeune homme vigoureux.

 

Adiadibalaye (marcher sous le soleil)

Inventé pour régulariser les promenades incontrôlées des jeunes à bas âge surtout  au moment  où le soleil se couche. Ces moments sont considérés comme des heures préférées des mauvais esprits. Les enfants craignent de sortir de peur de rencontrer le masque. La danse se fait uniquement en saison sèche après les récoltes.

 

Ekoumba Caramba (le phacochère)

 Sa visite dans le village ou aux alentours surtout à l’approche de la saison des pluies est signe d’un bon hivernage pluvieux, sans dommage donc des récoltes abondantes. Pour le magnifier on le symbolise par ce masque pour fêter les moments heureux.

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Mamadou lamine sane 14/02/2015 13:48

La casamace est une région riche en culture.merci pour les informations