Entrons dans la danse des masques...

Publié le par Estelle

Troupe Coumba Caramba
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Troupe Coumba Caramba

Le rôle des masques

La plupart des rites religieux pratiqués d’ans l’Afrique traditionnelle étaient accompagnés de masque, de chant et de danseurs masqués. Le masque est conçu comme un intermédiaire entre la réalité et le surnaturel. Contrairement à la façon selon laquelle il apparaît dans les musées, le masque en Afrique était souvent accompagné d’un long vêtement en fibres ou raphias qui dissimulaient entièrement le porteur. Le porteur du masque devenait le réceptacle d’une puissance invisible. Investi par l’esprit qu’il représentait, l’homme n’était plus lui-même, il perdait sa personnalité, il devenait l’esprit qui agissait à travers lui. Cette présence de l’esprit était aussi dangereuse pour le porteur que pour l’assistance de la cérémonie. Le porteur du masque, entièrement possédé par sa foi religieuse, se sentait réellement métamorphosé dans le génie qu’il était censé évoquer. Sans le pouvoir envoutant des rites, l’ivresse de la danse et de la musique, jamais les danseurs n’auraient le courage de se  faire investir par des génies invisibles, par des âmes des morts.

Le monde des masques ménageait une échappée plus importante vers le surnaturel, l’irréel. Les masques donnaient forme à ces forces informes, d’autant plus terrifiantes qu’elles étaient mystérieuses. Le masque catalysait ainsi des peurs ancestrales face à la nature. Certains masques ont une forme animale ; car, pour l’Africain, il est tout à fait possible qu’un ancêtre ai eu une forme animale. Autrement le masque animal peut évoquer un épisode de l’histoire collective dans laquelle cet animal ai joué un rôle particulier.

Tous les masques n’ont pas la même puissance surnaturelle. Il y a les « masques de femmes » qui  pouvaient être vus par tous : femmes, enfants, non « initiés ». Les autres masques, supposés chargés d’une puissance terrible, n’étaient vus que par les hommes initiés. Leur passage dans le village avait souvent lieu la nuit et était annoncé par le bruit d’un instrument particulier et reconnaissable. Les femmes, enfants, non initiés devaient alors aller se cacher sous peine d’encourir des dangers très graves (maladie, voire la mort) Au cours d’une cérémonie, l’arrivée des masques correspondait à l’arrivée des esprits dans le village, d’où la terreur qui les accompagnait.

Les masques intervenaient pour marquer les temps forts de la vie de la collectivité par la présence des génies ou des ancêtres qu’ils incarnaient, les difficultés du moment. Pour résoudre, ce pouvait être pour célébrer le travail agricole et fêter les génies de la nature qui pouvaient favoriser leur richesse. Ce pouvait être pour implorer la venue de la pluie, ou encore lutter contre une maladie ou une attaque du village ou encore célébrer des rites de passage tels que l’initiation des adolescents ou la célébration d’un décès.

L’initiation des adolescents prenait une place conséquente. Elle correspondait à un changement de statut préparé par un séjour dans un lieu éloigné du village. Ils subissaient des épreuves physiques douloureuses (circoncision pour les garçons et pour certaines ethnies excision pour les filles).

Au cours de l’initiation les adolescents étaient censés mourir pour renaître dans la société des adultes. Au cours de ces rites, les spectacles masqués étaient censés permettre de transmettre d’une génération à la suivante le savoir issu de la tradition. Le passage à l’âge adulte implique la connaissance des valeurs religieuses et sociales. Des informations sur les mythes sur la fertilité et sur les obligations ethniques, complètent parfois cette initiation.

Autre étape importante, les funérailles étaient souvent considérées comme l’initiation du défunt à la vie dans l’au-delà. D’une façon générale, on assistait à des défilés et des danses de masques dans les rues du village ainsi que dans la maison du défunt. L’objectif était de faciliter le passage du défunt dans son nouveau statut, soit éviter qu’il ne revienne hanter le monde des vivants et qu’au contraire qu’il fasse profiter de sa force à sa descendance.

Les masques pouvaient être portés par les membres de confréries ou de sociétés secrètes qui jouaient de réels pouvoirs dans les domaines politiques ou judiciaires. Certaines sociétés pouvaient même constituer un Etat dans l’état. Ces confréries essayaient de contrôler la vie sociale du village, rendre justice, poursuivre ceux qui avaient un mauvais comportement pour qu’ils rentrent dans l’ordre. Ainsi quand un habitant du village se comportait mal, les membres de la confrérie pouvaient entourer sa maison la nuit et/ ou le maltraiter jusqu’à il accepte de rentrer dans le droit chemin. La crainte des esprits invisibles matérialisés par les masques et l’anonymat qu’ils conféraient à leurs porteurs constituait un moyen de pression efficace.

En dehors des moments où il était utilisé, le masque était entreposé dans un endroit consacré. Quand il était  vieux et hors d’usage, on le remplaçait par un autre. Un masque n’était jamais jeté sans précautions : sa destruction s’entourait de rites destinés à transmettre à un autre masque les forces occultes qu’il recélait. Parfois on le déposait dans un lieu spécifique, hutte spéciale pour le laisser se désintégrer sous l’action du temps et des termites.

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