Les Baye Fall

Publié le par Estelle

Les Baye Fall
Les Baye Fall
Les Baye Fall

Sens et essence du « baye-fallisme » : Les disciples de Maam Cheikh Ibrahima Fall, communément appelés baye-fall, sont en dernière instance la force motrice de la confrérie mouride. Par la grâce du Misécordieux, les baye-fall ont réalisé ce vœu du prophète : « le meilleur de ma communauté est celui qui ne délaisse pas sa vie temporelle au profit de sa vie spirituelle ; ni sa vie spirituelle au profit de sa vie temporelle ; et qui ne vit pas qu’aux dépens des autres » Le Cheikh Ahmadou Bamaba, receptacle priviligié et émérite de la vérité divine sous sa forme la plus aboutie, a confié à Maam Cheikh Ibra fall le secret spirituel qui a permis dans les faits, de réconcilier la « charia » et la « haqiqa », et d’en faire une seule et même réalité. Ceci, conformément à la volonté divine.

Maam Cheikh Ibra Fall a dit : « ma voie est celle du travail dans le sens divin du terme. Travail qui rend tout à Dieu et rien pour soi-même ! » Sa voie est d’ordre initiatique, relève donc de l’ésotérisme pur, en s’appuyant sur le temporel en tant que support indispensable de celui-ci. « Tout donner à Dieu » en est le précepte directeur, et donc l’essence même  de sa doctrine qui s’articule en cinq points suivants :

  • La première disposition spirituelle dont le disciple doit se soucier, est l’amour intime et constant du « zikroullah » (évocation du nom de Dieu), dont le but est d’être agréable à Dieu et non forcément aux créatures.
  • La seconde est de considérer le travail comme moyen élevé de la prière et de méditation ; donc un instant très privilégié, exclusivement consacré à Dieu.
  • La troisième disposition du disciple est de cultiver le silence. Silence du cœur, de l’esprit, de la langue…
  • La quatrième est la courtoisie. Etre tolérant et bienveillant vis-à-vis de toutes les créatures qui viennent à soi, et les traiter de la manière dont on aimerait être traité soi-même.
  • La cinquième est la méditation. Souvent dans la solitude (réclusion volontaire) en ne se préoccupant que de ce qui est de nature à nous ouvrir les précieuses portes du détachement des mondanités, au profit de l’univers spirituel.

Ces préceptes directeurs sont perçus et interprétés par chaque disciple selon son degré d’entendement et de foi. En tant que chemin ésotérique, cette voie n’est pas accessible à tout le monde, d’autant qu’elle a pour finalité la négation radicale du « moi », donc de l’égo. Ce qui représente un voile très difficile à lever !

L’éthique baye-fall, fondée sur la soumission et par conséquent, sur l’exécution spontanée de toutes les directives et recommandations venant du maître spirituel, est aussi par excellence celle de l’amour, de la tolérance et de la paix.

Le baye fall, selon l’image que s’est forgée la pensée populaire de ceux qui vivent de loin les réalités de sa vie, est très souvent perçu à travers des déformations multiples… Loin d’être ce personnage grossier habillé en haillons multicolores, la chevelure avec des locks et la démarche agressive, il est avant tout un croyant zélé pour qui la religion s’arrête aux recommandations du marabout qu’il vénère plus que toute autre chose. Le véritable baye fall s’oppose au vagabondage et mène une vie austère qui le détache de tous les interdits. Au-delà de tous les clichés le faisant apparaitre comme un délinquant en mal de refuge social, le disciple de Mame Cheikh Ibra Fall se veut le prolongement de celui qui fut l’exemple du bon disciple et symbolise le mouridisme sous ses facettes économiques, sociales et culturelles.

Son crédo : le baye fall applique à la lettre le principe de « Jebbelou » ; c’est-à-dire de soumission, qui le lie à son marabout. Le travail, parce qu’il permet le dépassement de soi dans l’effort, est le premier crédo du Baye fall. Le petit commerce, l’artisanat, l’art et la musique constituent aussi d’autres domaines d’activités. L’originalité dépasse les frontières du Sénégal et fait école ailleurs. Sa chevelure hirsute aurait inspiré les rastas… le petit gourdin qui l’accompagne est utilisé depuis l’époque où le port d’armes blanches était proscrit. Quant à la ceinture, elle permet de caler l’estomac pour mieux résister à une longue journée de labeur. Parmi les autres objets qui donnent à ce sympathique chevalier de la foi son aspect authentique, le bonnet (souvent noir) et le talisman sont bien les plus remarqués. Les fameux habits en « patchwork »  viennent d’un prophète qui s’habillait de la sorte. Le Njakhass se caractérise est composé de plusieurs morceaux de tissus cousus ensemble. Cet habit symbolise l’état de pauvreté spirituel du disciple et de son humilité. 

Publié dans artisanat, Beauté, religion

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