Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba...

Publié le par Estelle

Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba...

Mon trésor c'est le Coran, la Sunna du Prophète et les règles morales, mais nullement l'accumulation d'argent ou d'or.

Cheikh Ahmadou Bamba MBacké

Pour tous ceux qui se rendent au Sénégal, une des premières images frappantes... est celle d'un homme à la face voilée portant turban et boubou blancs. Image qui se retrouve un peu partout : sur les voitures, les bus, peinte sur les murs, dans les échoppes...Au point qu'il semble difficile de passer à côté de cette figure emblématique soit pour évoquer les aspects de sa pensée ou pour impliquer la Communauté attachée à ses enseignements. Il s'agit de Sérigne Touba ou Cheikh Ahmadou Bemba. Le profond attachement que les Sénégalais lui vouent nous mène tout droit à Touba pour visiter cette ville Sainte et de mieux d'édifier sur l'histoire et sa doctrine. 

Mais qui est cet homme ? Quelle est son oeuvre dans la propagation de l'islam au Sénégal et son apport pour son peuple ? Quels sont les fondements du Mouridisme ? Qu'est ce qui explique son succès ? 

« Devant la gravité de l’heure et l’imminence du danger, l’humanité a plus que jamais besoin, aujourd’hui, d’exemples vivants qui exaltent les esprits et permettent de regarder de plus haut un monde matérialiste, inquiet, partagé entre la crainte et l’espoir, avec des ambitions démesurées d’hommes et de femmes ayant perdu le sens des réalités et qui, sans apprendre à dominer leurs passions, ont dominé la nature grâce au développement des sciences et des techniques ayant modifié leur vie (…). Le Monde traverse non seulement une crise spirituelle, mais métaphysique : c’est pourquoi, l’exemple de grands hommes spirituels comme Cheikh Ahmadou Bamba doit, plus que jamais, être étudié et suivi pour préserver de suicide une humanité à laquelle il ne manque que la foi… ».

Cette entrée en matière de feu de Serigne Sam MBAYE dans la traduction de « Masalikul Jinaan » ou les « Itinéraires du Paradis » est plus que significative pour aborder une biographie d’un saint d’une dimension exceptionnelle. 

Cheikh Ahmadou Bamba dira lui-même à son propos : « à tout jamais, Dieu a joint ma vie à celle de Dieu. Je vis dans le Paradis de Dieu. Quand j’écris, le Trône exulte et les anges émus se mettent à proclamer la sainteté de Dieu. Quand j’écris, quand je lis, Satan se sauve suivi de ses acolytes imposteurs. Dieu et son Prophète (PSL) préfèrent mes écrits à ceux de tous les autres saints ». Connaître un tel saint ne sera pas sans doute aisé pour ses contemporains, encore moins pour un non initié. 

Cheikh Ahmadou Bamba, Borom Touba, Serigne Touba, Khadimou Rassoul, Khadimal Moustapha, Bamba, Abdoulahi Wa Khadimou Rassoul, Borom Djouma Ji, Borom Barak bi, etc., constituent autant d’appellations symbolisant sa vie et son œuvre. 

De son vrai nom Muhammad ibn Muhammad ibn Habiballah, Cheikh Ahmadou Bamba est né au mois de Muharram en 1853, à Mbacké Baol, village fondé par son arrière grand père en 1780. Fils de Serigne Mame Anta Saly et de Sokhna Diarra Bousso surnommé la voisine de Dieu, il est issu d’une famille digne, respectée et sainte dont les ramifications nous amènent jusqu’au berceau de l’Islam sénégalais. Son homonyme, ami de son père habitait le village de Bamba et portait le nom d’Ahmadou Sall, un grand marabout de son époque.

SON ADOLESCENCE

Dans sa jeunesse, Cheikh Ahmadou Bamba fut sous l'autorité de son oncle maternel Tafsir Mbacké Ndoumbé, de son homonyme Ahmadou Sall, et de son père Mame Anta Saly vers 1865. Les sciences fondamentales de l’Islam, la théologie, le droit, l’exégèse du Coran, les hadiths, la grammaire, la prosodie, la rhétorique..., le menèrent auprès de son oncle Muhammad Bousso. Serigne Bassirou Mbacké dit dans les Bienfaits de l’Eternel de son guide : « en somme, il fit un miracle dans son apprentissage par cœur et dans sa maîtrise du savoir. Il fut le dépositaire du Coran et de la sunna ». 

Son adolescence fut marquée par une spiritualité extraordinaire comme un être accablé sous un poids écrasant et mystérieux, pressé d’une soif ardente et d’un désir insatiable d’accéder aux secrets du ciel et de la terre. Sa perfection innée, découverte en lui par ses parents et érudits qu’il a fréquentés, ne pouvait résulter que d’une lumière divine. Dès son jeune âge, il paraissait méditatif et résolu. Une sorte d’extase le marquait et semblait l’éloigner des mondanités terrestres. Cheikh Ahmadou Bamba affichait des attitudes et habitudes de piété, de bonne conduite morale, de dévotion, de méditation et un comportement omettant l’amusement et le péché. Serigne Bassirou Mbacké dans son ouvrage intitulé « Minanoul Bakhil Khadim » révèle que durant son enfance, l’endroit qu’il fréquentait le plus, dans la concession familiale, était celui qui tenait de lieu de prière. Il y séjournait la plupart de son temps, seul, à tel point que beaucoup de ses voisins se posaient des questions sur son état mental. D’ailleurs on le surnomma « le fou de Mame Mor Anta Saly ».  L’autre activité qui a marqué l’enfance de Cheikhoul Khadim était l’enseignement qu’il donnait aux disciples de son père et à ses frères cadets. Qui plus est, Serigne Touba s’adonnait à l’écriture en composant des odes d’invocation et des poèmes d’éducation spirituelle dont la qualité et la profondeur étonnaient plus d’un. Les dernières années vécues avec son père ont montrées Cheikh Ahmadou Bamba développé une personnalité intellectuelle, mystique incomparable. 

Le mardi 20 du mois de Muharram 1299, correspondant à 1883 de l’an romain, Mame Mor Anta Saly, alors âgé de 61 ans, quitta ce bas-monde. Il s’est voué à l’enseignement jusqu’à ce jour où le Créateur lui dit : « éduque tes disciples par le « Himma » et non plus par l’instruction ».

L’AVENEMENT DU MOURIDISME

La déclaration de Bamba ne s’est fait pas attendre en ces termes : « celui qui a choisi de suivre mon exemple peut rester avec moi. Mais celui qui était venu pour s’instruire peut retourner chez ses parents ou alors aller à la recherche d’un autre maître. Moi en ce qui me concerne, je me suis engagé à partir d’aujourd’hui dans une autre voie ». Cette voie était celle des mystiques. Partout où il se trouvait, Cheikh Ahmadou Bamba détenait entre ses mains le « Min Hàjul Habidina » et ceux qui avait accepté de rester à ses côtés devenaient des « Sadikhona ». Ce premier engagement commença a révélé à la face du monde sa véritable physionomie spirituelle. L’autre aspect de sa dimension spirituelle fut la réponse qu’il afficha publiquement à la question de succéder à son père pour les charges de conseiller du roi, Lat Dior. Bamba affirma : « je n’ai pas l’habitude de fréquenter les monarques. Je ne nourris aucune ambition à l’égard de leurs richesses et ne recherche des honneurs qu’auprès du Seigneur Suprême(…) J’aurai honte que les Anges me voient aller chez un autre roi que Dieu ». Cheikhoul Khadim avait fait table rase de toutes les traditions. Sa seule tradition était tout ce qui se rapportait et se conformait au désir du Seigneur de l’Islam. Sa seule motivation était l’agrément de Dieu, toujours recherché, tant dans ses actes et ses paroles. Certains dignitaires et détracteurs ne comprenaient pas cette attitude du Cheikh qui avait les biens terrestres à sa disposition. De cette attitude du Cheikh envers les souverains et à l’élite de l’orthodoxie musulmane émanait une première vague de contestataires et d’ennemis, source de défiance, de vexation et de brimades à son endroit et au cercle limité de ses adeptes. 

LE RETENTISSEMENT

Son apparition sur la scène nationale a suscité un étonnement général et une nouvelle donne dans la hiérarchie religieuse. L’affluence dans sa cour devenait de plus en plus soutenue. Son assertion de dépassement des confréries souleva une véritable révolution. Les mystiques de son époque crièrent au scandale contre lui mais sa réponse fut sans équivoque : « je détiens la réponse à quiconque m’interroge dans le verset coranique qui dit « le rappel de Dieu est certes ce qu’il y a de plus grands » (Masalikul Jinaan, vers 301). Il fonde la ville de Touba en 1887. Etant parvenu à convertir plusieurs rois de la région et pouvant mobiliser de nombreux disciples, il est accusé par l'administration coloniale française de préparer une guerre sainte. Ainsi, il est exilé en 1895 au Gabon. 

LA PERIODE D'EXIL et FIN DE SA VIE

Il est libéré en 1902, après 7ans et 9 mois d'exil dans la forêt équatoriale. Puis, il est envoyé en Mauritanie. Après 1910, les autorités françaises réalisent que Bamba ne désirait pas la guerre, et décident de collaborer avec lui. Bamba refusa la légion d'honneur. Son mouvement prend de l'ampleur en 1926, quand la construction de la grande mosquée de Touba commence. Il meurt en 1927 et il est inhumé à Touba. Son tombeau est un lieu de pélerinage ; chaque année plusieurs centaines de milliers de ses disciples effectuent en commémoration de son départ en exil au Gabon, le Magal, une fervente communion pour les pélerins. 

Appelant les hommes à se tourner vers Dieu, prêchant la non violence, la quête du savoir utile, le travail, le courage pacifique, la détermination et la foi en Dieu. Il déclarait : "je ne crains que Dieu, je porte mes espoirs en Dieu, rien ne me suffit si ce n'est la religion et la science".

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