Le royaume du Tekrour

Publié le par Estelle

Le royaume du Tekrour

Avant d'en venir à l'histoire du royaume, que peut bien signifier "Tekrour" ? 

Bruno Chavane nous dit qu'il est, en fait, appliqué dans les textes arabes tantôt à un souverain, tantôt à une ville, tantôt à un Etat dont les auteurs font varier la localisation depuis Podor jusqu'à Gao. 

La conquête des Almoravides musulmans a bouleversé l’ordre animiste établi.

Selon des traditions recueillies auprès de tribus mauritaniennes du Trarza et de l’Adrar, des populations noires vivaient au nord de leur implantation actuelle, jusqu’au voisinage de l’Atlas marocain, venues de la Cyrénaïque (en Libye) vers le 2ème siècle, avant de se réfugier dans le Tékrour un ou deux siècles plus tard.

Vers le 8ème siècle ces populations ont créé le premier royaume soudanais connu, le Ghana ou Wagadou, situé aux Nord des boucles divergentes des fleuves Niger et Sénégal. Un autre royaume apparaît à la même époque, celui du Gdiaga, entre le haut Sénégal et la Falémé, connu sous le nom de Galam. Ses fondateurs auraient combattu les « Dya Ogo » du Tékrour, libéré, donc, à cette époque, de la tutelle du Ghana et dominant le Galam. Une importante migration s’en suit de Sérères et Wolof vers le Sud, et de Peuls vers le Fouta Djallon.

A la ruine du Wagadou, à l’émancipation des royaumes autrefois tributaires du Ghana, tels que le Gdiaga, le Tékrour et le Sosso, succède la montée en puissance de l’empire du Mali, à partir du 13ème siècle, marqué par le roi Soundiata

Le Royaume du Tékrour a traversé ces périodes troubles de reflux de populations noires, de migrations cycliques des peuls, de dispersions des soninkés, et d’extension des peuples mandingues.

 

A-t-il réussi à développer une civilisation originale et une unité culturelle ?

La chronique orale du Fouta, propre aux Toucouleurs et aux Peuls, évoque le Fouta du Toro, et son roi, Dya Ogo, un nom donné plus tard au fer obtenu dans les fourneaux, ce qui expliquerait la domination des peuls sur d’autres populations, Sérères, Wolof, Lébou et Soninké, du fait de leur maîtrise de l’extraction du fer.

En tout état de cause, on note une "poularisation" des populations du Fouta au 10ème siècle. Les « Toucouleurs » se désignant comme « ceux qui parlent peul » sans pour autant se considérer comme appartenant à l’ethnie peule.

Il est probable que l’islamisation du Tékrour au début du 11ème siècle est à l’origine du déclin de la dynastie ; la suite des évènements est marquée, d’après des écrits arabes, par un souverain inconnu de la tradition orale, War Diabi, fils de Rabis, devenu souverain du Tékrour et qui se serait converti à l’Islam. Cette islamisation a provoqué l’exode des populations sérères, que, d’après les textes, on peut situer entre le 12ème et le 13ème siècle, d’abord vers le Djolof, puis vers le Sine.

La dynastie soninké des Manna aurait régné sur le Tékrour du 11ème au 12ème siècles avant une forte perturbation provoquée par les invasions consécutives à l’ascension de l’Empire du Mali, marquée par les dynasties du Tondyon, de Lam termes, du Lam Taga et du Lam Toro. Cela se passait aux 14ième et 15ième siècles.

 

En résumé, l’histoire du Tékrour serait marquée par :

  • De 800 à 1000 après JC, les dynasties des Dya Ogo
  • De 1000 à 1100, les dynasties des Djabi, avec l’islamisation,
  • De 1100 à 1300, les dynasties soninkés des Manna,
  • De 1300 à 1400, les dynasties serer des Tondyon,
  • De 1400 à 1450, le règne des Lam termes, suite à une invasion peule et soninké, suivie du morcellement du Tékrour

Si la chronologie des évènements reste aléatoire, il n’en est pas moins vrai que la tradition orale n’est pas seulement un véhicule de la connaissance historique conservée par les griots, elle est imprégnée des valeurs du groupe, elle assure la transmission du savoir...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article