Les femmes de Nder, des reines d'Afrique.

Publié le par Estelle

Talaatay Nder

Talaatay Nder

Des résistantes sénégalaises à l'esclavage arabe : un fait tragique qui reste dans les mémoires...

Au Sénégal, l’Honneur n’abdique pas ! Le Mardi 07 Mars 1820, au XIXème siècle,  les femmes de Nder, sur les rives du Fleuve Sénégal, l’ont prouvé. Et de quelle manière !  

Cet événement était une opération politique conduite par les voisins Maures du Trarza et l’Almamy du Fouta, pour qui les accords entre le Waalo et la France (il s’agit du Traité de Djaw, signé le 8 mai 1819 pour la colonisation agricole du Waalo) allaient contre leurs intérêts qui se trouvaient dans le commerce de la gomme et des esclaves, ainsi que leur volonté d’imposer l’Islam au Waalo animiste. 

Ce Mardi 07 mars 1820, à Nder, capitale du Royaume du Waalo, des femmes ont consenti le sacrifice ultime pour leur patrie, au nom de l’honneur, de la dignité et de la liberté.

Ce jour là, les principaux dignitaires du Royaume étaient à Saint-Louis, en compagnie du Brack (titre donné au roi) qui devait faire soigner une blessure à la suite d’une attaque survenue le 21 septembre 1819. 

Ce mardi-là, journée  de labeurs, les hommes, dans une dynamique unitaire, ont tous déserté le village de Nder pour aller  à l’assaut des travaux champêtres afin de satisfaire  la plénitude de la vie de leurs familles. Mais  en l’absence de tous ces hommes, les maures du Nord, fils de l’au-delà du Fleuve, dans un élan d’une lâcheté inouïe, ont envahi les femmes du Walo,  solitaires et fragiles,  juste pour les soumettre en esclaves.

Surpris par la forte riposte des femmes déguisées en hommes, les assaillants se replièrent. Les femmes crièrent victoire trop tôt et en ôtant leurs turbans, elles dévoilèrent alors leur féminité provoquant ainsi un sursaut d’orgueil mâle chez les assaillants.

« Femmes de Nder ! Dignes filles du Walo ! Redressez-vous et renouez vos pagnes! Préparons-nous à mourir ! Femmes de Nder, devons nous toujours reculer devant les envahisseurs ? Nos hommes sont loin, ils n’entendent pas nos cris. Nos enfants sont en sûreté. Allah le tout puissant saura les préserver. Mais nous, pauvres femmes, que pouvons-nous contre ces ennemis sans pitié qui ne tarderont pas à reprendre l’attaque ? »
« Où pourrions-nous nous cacher sans qu’ils nous découvrent ? Nous serons capturées comme le furent nos mères et nos grands-mères avant nous. Nous serons traînées de l’autre côté du fleuve et vendues comme esclaves. Est-ce là un sort digne de nous ?
»

Ce mardi-là, a Linguère Fatim Yamar Khouryaye Mbodj qui avait organisé la résistance, s’immola par le feu, ainsi que plusieurs de ses compagnes, préférant la mort au  déshonneur. Elle avait toutefois pris soin de faire évacuer ses deux filles, Ndjeumbeut et Ndaté Yalla, et qui ont finit par gouverner le Waalo dans le seul souci de préserver les intérêts de leur royaume. 

La mort ! A ce mot, fusa une sourde exclamation. « La mort ! Que dis-tu Mbarka Dia ? » « Oui mes sœurs. Nous devons mourir en femmes libres, et non vivre en esclaves. Que celles qui sont d’accord me suivent dans la grande case du conseil des Sages. Nous y entrerons toutes et nous y mettrons le feu… C’est la fumée de nos cendres qui accueillera nos ennemis. Debout mes sœurs ! Puisqu’il n’y a d’autre issue, mourrons en dignes femmes du Walo ! »

C’est le Talatay Nder, l’historique mardi de Nder !

C’était un mardi 07 Mars 1820. Le  Sénégal anticipait  en s’érigeant en pionnier, dès le XIXème siècle, en reconnaissant les valeurs qui font la Femme.

Aujourd’hui, la Communauté internationale a choisi le 08 Mars pour célébrer la Femme. Mais  le Sénégal a, depuis le Mardi 07 mars 1820, à travers les Linguères  du Walo, donné la preuve que la Femme, est bien, comme le dit bien Louis Aragon,  l’avenir de l’Homme et de la société. Elle seule peut aider à promouvoir une démocratie de type nouveau, participatif et égalitaire. La Linguère Ndatté Yalla en a donné l’illustration. Au XIXème siècle,  elle fut Femme. Mais elle fut aussi Chef d’Etat, Chef de guerre, et surtout Traceur de destin dans le cadre d’une démocratie consciente et volontairement progressiste !

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